martes 11 de septiembre de 2007

La Francophonie: ce qui se cache derrière.

Langue et politique, encore une fois.

Il est certain que le français est une des plus importantes langues au monde. Il est parlé par 80 millions de locuteurs comme langue maternelle, et il est à la 13ème place des langues les plus parlées du monde. C'est la langue de la diplomatie et partage, avec l’anglais uniquement, la condition d’être officiel à l’ONU. Elle est aussi langue officielle de l’Union Européenne et d’autres organisations internationales. Néanmoins on voit parfois, certaines analystes qui ont une opinion passionnée et excessivement optimiste de son rôle actuel.
Quelques sources affirment que ce sont 290 les millions de locuteurs francophones et qu’elle occupe le 8ème poste. On a écouté à Radio France dire que « c’est la seule langue à être enseigné sur les 5 continents avec l’anglais, et la seul à le disputer l’hégémonie » (sic) .
La francophonie est l’ensemble des pays qui ont le français en partage, mais l’usage de la langue est très différente entre eux. Il faut le reconnaître. D’une part on a les pays où le français est la langue maternelle. C’est le cas de la France logiquement (64 mill), la Wallonie (4 mill), Monaco (35 000), la Suisse romande (1.5 mill) et les provinces canadiennes du Québec (7.5 mill) et Nouveau Brunswick ( 700 000). On pourrait ajouter les 2 millions de personnes que parlent le créole, une sorte de français qui mêle la syntaxe des langues africaines aux lexiques européens. L’Haïti et les Seychelles ont le Créole comme langue officielle. Malgré tout… ici finissent les limites du français réel.
D’autre part, il est certain que le français est la langue administrative et même officiel, de dizaines d’états africaines. Le français est resté comme un héritage de l’époque colonial servant à unifier les intérêts parfois divergeants des peuples qui forment les états multiethniques de l’Afrique noire. Ici on trouve la langue des anciens colonisateurs comme un trésor. Un outil efficient aux moyens de communication, à l’enseignement et à l’administration qui sert à unir les efforts des lingala et les kituba au Congo par exemple, pour oublier leurs diferénces ethniques. Pourtant, dire que le français est la langue des Congolais, des Ivoiriens ou des Marocaines est plus qu’une mystification.

Au sein de l’OIF (l’Organisation Internationale de la Francophonie) il y a un 3ème group de pays dont la francophonie est particulièrement étonnante. Je me suis arrêté seulement sur le cas de la Grèce, la Bulgarie, la Roumanie, la Pologne ou l’Ukraine en Europe de l’Est. Ce sont des pays historiquement sous l’influence successive et parfois simultanée d’autres puissances comme la Russie, l’Allemagne ou l’empire ottoman qui revendiquent bizarrement leur francophonie sur la base de que le français était la « lingua franca » jusqu’au XXème siècle et que leurs élites furent élevées en français ou en France, ( pas plus qu’à Londres ou aux États Unis). Si on regard le fait qu’ils n’ont jamais appartenu à l’empire colonial, que leur relations commerciales ont été moins que tangentielles dans certaines cas avec la France, et que quelques-uns d’entre eux n’utilisent pas même un alphabet latin, la question qu’on se pose est de savoir ce qui se cache derrière cette incorporation artificielle à la francophonie des pays où presque personne ne parle français. Dans les cas polonais, roumaine et bulgare la réponse est dans les dates d’incorporation à l’OIF et à l’UE. C’est claire que la France a été le parrain de ces pays pour s’incorporer en europe.
Alors est-elle la Francophonie, avec ce suffixe « -phonie », une construction culturelle et linguistique ou peut être est-elle un outil politique?
Son objectif final est la consécution d’un nombre suffisant de votes à l’ONU pour s’assurer la réussite de ses proposes, en échange d’un certain clientélisme diplomatique. Une épreuve certaine à un autre organisme international et multilatéral a été l’élection de la siège olympique de l’année 2012. Les membres du comité appartenant à la Commonwealth ont tous voté pour Londres et les membres appartenant à la Francophonie ont tous voté pour Paris. Nous nous souvenons tous de la question délicate posée par Albert de Monaco au moment décisif sur la sécurité à Madrid.
L’OIF est la réponse française légitime face aux autres organisations similaires comme la Commonwealth britannique, la ligue des pays arabes, la communauté d’états indépendants anciens membres de l’union soviétique, ou les sommets d’état iberoamericaines.
Le Commonwealth of Nations est l'association des pays ayant fait partie de l'ancien empire britannique (anciennes colonies ou protectorats). Ils partagent leur passé colonial commun sous le gouvernement de sa majesté et personne n’essai pas de le cacher. On ne se fait pas référence à la langue.

Le flux action- réaction a présidé la compétition franco-britannique tant aux temps coloniaux comme aux post-coloniaux. Voilà ce qu’on appelle en géopolitique le « complexe de Fachoda » le lointain endroit africain où les lignes d’expansion des empires emplaffonarent à la fin du XIXème siècle. Aujourd’hui la rivalité ne se manifeste plus sur les sables du Soudan mais au terrain des langues. D’après l’optique française on doit contrer l’hégémonie d’une vision unique du monde, celle des Anglo saxons, et la France doit mener un combat pour la diversité culturelle. Ici on trouve un paradoxe: La France multilatérale, diverse devant le monde anglo-saxon monolithique, opposé à une vision unique du monde à travers de l’OIF, est jacobinement centraliste. Elle est impitoyable avec les langues minoritaires sur son territoire métropolitain qui n’ont pas de caractère officiel avec le français et ne cherche que l’uniformité francophone en Afrique noire et arabe.
La création des ces genres d’institutions multilatérales par les nations puissantes n’est pas une question critiquable en elle-même. On a le droit, bien sûr, à défendre son intérêt par tous les moyens disponibles et honnêtes. Cependant on ne peut pas se soustraire au jugement secret des mots : « Phonie » n’a rien à voir avec « Polis ». L’usage comme outil politique de cette langue universelle, dont les frontières excédent le temps et l’espace, doit être mis en question par les amateurs de la langue de Molière et de la logique des numéros.

© 2007, Marcos A. Díaz

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